Population du Sud-Est de la France

DUVALIA EMERICI (RASPAIL, 1829)

Citations antérieures

Dans la plupart des cas, les citations anciennes relatives à des Bélemnites du Crétacé inférieur doivent être considérées avec une grande circonspection. Ce groupe d’organismes fossiles a été longtemps négligé au profit des Ammonites et déjà, à plusieurs reprises dans différentes publications, W. KILIAN estimait leur révision d’ensemble nécessaire et urgente. Beaucoup d’espèces ont donné lieu à des interprétations confuses au sein du genre Hibolites, par exemple, ou bien entre Duvalia conica (BLAINVILLE, 1827) et Berriasibelus extinctorius (RASPAIL, 1829).

Duvalia emerici fait exception. Cette espèce, en effet, en dépit de la grande variabilité de détail des rostres, offre des caractères généraux constants et si particuliers que sa reconnaissance, même à l’état de fragments, est très facile. Il est donc possible, sans risques d’erreurs, de dresser un bilan des localités où elle a été rencontrée.

Ce travail de compilation n’est pas inutile, dans la mesure où il est destiné à compléter le bilan de mes propres récoltes.

 _________________________

 

Dans un premier temps, la « Bélemnite d’Emeric » n’a été signalée que dans les environs immédiats de CASTELLANE.

L’holotype de F.V. RASPAIL provient du Vallon du Cheiron situé à 3 km 500 au Nord-Nord-Est de CASTELLANE. Déjà en 1841, J. DUVAL-JOUVE étend son aire de répartition en la signalant en outre dans les localités voisines d’ANGLES et SENEZ (hameau de Lieoux), toujours au nord de CASTELLANE, ainsi qu’au sud, à PEYROULES et SERANON. Cela signifie qu’il a donc récolté l’espèce non seulement dans le domaine interne du Bassin Sud-Vocontien, où elle est assez commune d’après lui, mais également sur les marges néritiques méridionales, où elle est beaucoup plus rare. Les citations de DUVAL-JOUVE méritent d’être soigneusement gardées en mémoire. Notons à propos de PEYROULES qu’il s’agit plus précisément du site classique du Collet des Boules où l’ensemble du Crétacé inférieur affleure sur de vastes étendues et, pour SERANON, du minuscule affleurement du lieu-dit Les Baux.

En 1871, dans sa communication sur « le Néocomien inférieur dans le midi de la France (Drôme et Basses-Alpes), E. HEBERT cite Belemnites emerici de MONTCLUS, immédiatement à l’ouest de SERRES (Hautes-Alpes) et d’EYROLES, près de NYONS (Drôme), étendant ainsi l’aire de répartition de l’espèce au domaine vocontien occidental.

En 1876, E. DUMAS, dans sa « Statistique… du département du Gard » mentionne la présence de Belemnites emerici dans la faune « néocomienne » de ce département, mais uniquement dans trois localités bien précises : MONS, MOULEZAN et AIGREMENT. Cependant, en 1847, A. D’ORBIGNY l’avait déjà signalée de TROIS-PERDRIX, d’après des récoltes de RENAUX.

F. LEENHARDT (1885) donne l’espèce comme « sûre », dans les « marnes à ammonites ferrugineuses » de la région du Mont Ventoux, sans préciser la localité.

W. KILIAN (1889), dans sa « Description géologique de la montagne de Lure (Basses-Alpes) » cite l’espèce de RASPAIL de BARRET-LE-BAS et CHATEAUNEUF-DE-CHABRE (Hautes-Alpes), deux localités situées en fait au nord-ouest de SISTERON, de ST GENIEZ (ferme de la Pène), au-dessus et à l’est de cette ville, de RIBIERS (Hautes-Alpes), entre SISTERON et SERRES, ainsi que de la cluse de SEDERON (Drôme). Dans ses travaux ultérieurs, il reprendra à plusieurs reprises ces citations, sans apporter d’éléments nouveaux.

Toutefois, en 1895, dans sa note commune avec F. LEENHARDT « sur le Néocomien de MOUSTIERS-STE-MARIE (Basses-Alpes) » nous trouvons la citation de « Belemnites (Duvalia) emerici RASPAIL » d’un horizon marneux attribué, par ces auteurs, à l’Hauterivien. Quoiqu’il en soit, la présence de l’espèce dans le faciès néritique de MOUSTIERS, rejoignant les citations antérieures de DUVAL-JOUVE, est très intéressante.

En 1896, L. BERTRAND dans son mémoire sur l’« Etude géologique du nord des Alpes-Maritimes » a cité des « Bélemnites du groupe de Duvalia emerici dans la Vallée de la Roudoule. Je n’ai jamais rien trouvé de tel dans ce secteur proprement dit, en dépit de longues recherches dans le cadre de mon mémoire de Diplôme d’Etudes Supérieures, portant sur la région de PUGET-THENIERS. Mais il est vrai que j’ai récolté Duvalia emerici à la base du Valanginien supérieur d’AUVARE, immédiatement à l’est de la vallée de la Roudoule et que P. COTILLON l’a rencontrée à RIGAUD, encore plus à l’est, dans la vallée du Cians.

L’espèce de RASPAIL est donc bien présente dans ce prolongement oriental du domaine vocontien, mais elle y est très rare.

 

En 1900, V. PAQUIER a fait connaître le résultat de ses recherches sur le Diois et les Baronnies. Leur intérêt est capital et, dans le cadre de la répartition spatiale de Duvalia emerici, donne de nouveaux éléments permettant de faire la jonction entre les observations antérieures de W. KILIAN – pour les environs de SISTERON – et celle d’E. HEBERT, au nord et à l’ouest.

PAQUIER cite l’espèce de STE COLOMBE  et ST GENIS (Hautes-Alpes) ainsi que d’ARNAYON (Drôme). Il précise que dans la région étudiée, se rencontrent des « exemplaires atteignant parfois une taille considérable », ce que j’ai pu constater également par la suite.

V. PAQUIER avait parfaitement observé le niveau stratigraphique dans lequel Duvalia emerici se rencontre puisqu’il précise qu’elle « est cantonnée dans le niveau supérieur » (du Valanginien)  « où elle accompagne Saynoceras verrucosum ».

 

Dans sa « Contribution à l’étude paléogéographique du Crétacé inférieur dans le sud-est de la France », J. GOGUEL (1944) a donné une coupe du Néocomien d’ANGLES et cité, notamment, Belemnites (Duvalia) emerici, ce qui nous ramène à la région topotypique.

 

A partir des collections du Museum national d’Histoire naturelle, M. DELATTRE dresse un inventaire plus complet des localités dans lesquelles l’espèce de RASPAIL a été rencontrée : les environs immédiats de CASTELLANE (vallon du Cheiron), hameau de Lieoux (sur le territoire de la commune de SENEZ), mais également le hameau des Lattes (commune de ST AUBAN, jadis dans le département du Var, aujourd’hui Alpes-Maritimes). Cette dernière localisation est intéressante étant donné que le biofaciès du Valanginien des Lattes appartient au type néritique et qu’il est comparable à celui de la localité voisine de PEYROULES, jadis citée par DUVAL-JOUVE.

En outre, DELATTRE cite les localités de GIGONDAS (Vaucluse)[*] et, de façon générale, le Gard, l’Hérault et le « Languedoc ». En ce qui concerne cette dernière province, F. ROMAN (1897) avait été plus précis en citant « Belemnites (Duvalia) emerici RASPAIL » de GAILHAN, dans la région du Pic St Loup (Hérault), mais à l’est de celui-ci  et, en fait, dans le département du Gard, au nord de SOMMIERES.

 

En 1955, les recherches d’A. FAURE-MURET sur le massif d’Argentera-Mercantour et ses enveloppes sédimentaires, donnent une nouvelle localisation pour Duvalia emerici, dans la vallée de la Tinée (Alpes-Maritimes), entre la Bolinette et MARIE, soit encore plus à l’est que la découverte, par P. COTILLON en 1971, d’un spécimen de l’espèce à RIGAUD.

 

Enfin, en  1973,  la révision par R. COMBEMOREL,  des matériaux conservés dans les collections de l’Institut Claude Bernard de LYON  n’a porté que sur un petit nombre d’exemplaires (une douzaine) provenant des environs immédiats de la localité-type : le  quartier du Cheiron de CASTELLANE et les abords du Pont Julien, en limite des communes de ST ANDRE-LES-ALPES et ANGLES.

 

 

[*] Etant donné que F.V. RASPAIL possédait à GIGONDAS une propriété (quartier Le Pigeonnier) où sa collection était déposée, il a dû lui-même y récolter des spécimens de la « Bélemnite d’Emeric ».

DUVALIA EMERICI (RASPAIL, 1829)

Les matériaux récoltés

Les campagnes effectuées dans le Sud-Est de la France d’une manière systématique de 1994 à 2003, venant s’ajouter à des récoltes plus anciennes menées depuis 1958, ont permis de rassembler un stock considérable de Duvalia emerici : soit 1 105 exemplaires provenant tous de la zone à Saynoceras verrucosum

 

Malheureusement, l’espèce de RASPAIL est particulièrement fragile.
Le rostre offre de nombreuses zones de faiblesse provoquant des fractures longitudinales et transversales.
Outre la fragmentation de la très fragile paroi de la cavité alvéolaire, un rostre de Duvalia emerici se trouvera souvent fragmenté en 8 ou 10 parties, lesquelles seront rapidement dispersées par les eaux de ruissellement.
Il est donc difficile d’obtenir des rostres bien conservés, permettant de mesurer et de comparer les régions antérieure et postérieure et exceptionnel de trouver des exemplaires pratiquement complets.
D’où la nécessité de procéder à des passages renouvelés fréquemment sur les affleurements.

 

Les matériaux que j’ai pu réunir s’élèvent à 1 105 individus sur lesquels :

-     seulement 191 (soit 17,3%) sont suffisamment complets pour donner des valeurs relatives à l’ensemble du rostre.
-     419 sont réduits à la partie postérieure du rostre – plus robuste que la partie antérieure. Ce lot est néanmoins intéressant dans la mesure où il donne l’Indice de Compression et permet d’apprécier la morphologie très variable de cette partie du rostre.
-     Le reliquat, soit 495 spécimens (44,8 % des récoltes) est constitué de fragments plus ou moins importants, toujours intéressants à considérer mais non mesurables.

En dépit de l’ampleur du déchet, il n’en reste pas moins que les 191 rostres les plus complets représentent et de loin, le lot le plus important jamais rassemblé pour ce taxon.

POPULATION DE LA ZONE A SAYNOCERAS VERRUCOSUM
Localités Dép Spécimens Parasités   Localités Dép Spécimens Parasités
AIGLUN 06       MARIE-SUR-TINEE 06 1  
ANDON 06       MEVOUILLON 26    
ANGLES 04 22 3   MONS 30 3  
ASPREMONT 06       MONTAUBAN-SUR-L’OUVEZE 26 17 4
AUCELON 26       MONTBRUN-LES-BAINS 26 90 12
AULAN 26 207 31   MONTCLUS 05    
AUVARE 06 2     MONTFROC 26    
BALLONS 26 4 2   MONTGUERS 26 1  
BARREME 04 12 3   MONTMAUR 05    
BARRET-SUR-MEOUGE 05 4 1   MORIEZ- Vallonnets 04 36 8
BAUDUEN 83       MORIEZ-La Fayée 04 18 5
BAYONS 04 3     MOUSTIERS-STE MARIE 04    
BELLEGARDE-EN-DIOIS 26       NICE-Gairaut 06    
BEVONS 04 1     NOYERS-SUR-JABRON 04    
BEYNES 04       PEYROULES 04 1  
BEZAUDUN-SUR-BINE 26 1 1   PONTAIX-STE CROIX 26    
CALVISSON 30       PRADELLE 26    
CASTELLANE-Cheiron 04 9     PRADS-HTE BLEONE 04    
CASTELLANE-Robion 04       REILHANETTE 26 19 6
CHALANCON 26       ROCHEBRUNE 26 9 2
CHANOUSSE 05       ROSANS 05 1  
CHATEAUNEUF-DE-CHABRE 05       SAHUNE 26 1  
CHATEAUNEUF-MIRAVAIL 04       ST ANDRE-LES-ALPES 04 8 1
CHAUDON-NORANTE 04 2 1   ST AUBAN – Les Lattes 06    
CLUMANC 04       ST AUBAN-SUR-OUVEZE 26    
COMPS-SUR-ARTUBY 83       ST GENIEZ 04 2  
DALUIS 06       ST GENIS 05 1  
DRAIX-ARCHAIL 04       ST JACQUES 04 1 1
ENTRAGES 04       ST JULIEN-EN-BOCHAINE 05    
ENTREVAUX 04       ST NAZAIRE-LE-DESERT 26    
EOURRES 05 2     ST VINCENT-SUR-JABRON 04 1  
ESTABLET 26       STE COLOMBE 05 72 10
ETOILE-ST CYRICE 26 6 2   STE EUPHEMIE-SUR-OUVEZE 26    
EYROLES 26 8 1   SALERANS 05    
EZE 06       SALLAGRIFFON 06    
GIGONDAS 84       SENEZ - Lioux 04 106 20
GREOUX-LES-BAINS 04       SERRES 05    
GROSPIERRES 07       SIGALE 06    
HAUTES-DUYES 04 10 2   SISTERON 04    
JONCHERES 26       SOLEILHAS - Fontanil 04    
LABOREL 26 120 15   SOLEILHAS - Vauplane 04 2  
LA CHARCE 26       TARTONNE 04 2  
LACHAU 26 29 7   TEYSSIERES 26    
LA MARTRE 83 1     TOURRETTE-LEVENS 06    
LA PALUD 04       TRIGANCE 83    
LA ROCHE-SUR-LE-BUIS 26 2     UBRAYE 04 5 1
LA ROCHETTE-DU-BUIS 26       VALBELLE 04 1 1
LAUX-MONTAUX 26 17 2   VERCOIRAN 26    
LE BOUGUET 83       VERGONS 04 207 22
LE POET-EN-PERCIP 26 2 1   VILLEPERDRIX 26 34 9
LES OMERGUES 04 2     VOLVENT 26    
LIEUCHE 06              

 Sommaire 

DUVALIA EMERICI (RASPAIL, 1829)

Résultats préliminaires

Une première étude a été menée à partir des 191 spécimens estimés suffisamment complets. Elle a donné des résultats intéressants mais encore insuffisants. 

 

En effet, si cette importante population permet de pousser les investigations portant sur la région postérieure du rostre, notamment sur le développement relatif  de la « bosse dorsale », la mutilation de la région antérieure est encore trop souvent d’une ampleur qui n’autorise pas  de tenter une appréciation correcte de ce qu’était la longueur totale du rostre. De ce fait, ces matériaux incomplets ne permettent pas d’estimer de façon satisfaisante l’Indice de dilatation (Id) ni de suivre l’évolution morphologique du rostre depuis le stade le plus juvénile récolté (Lr = 35 mm) jusqu’aux plus grands rostres connus, notamment le remarquable exemplaire adulte représenté par J. DUVAL-JOUVE.

Un palliatif a été utilisé, en substituant à Lr – trop souvent inconnu – la distance mesurée de l’apex à l’étranglement antérieur du rostre. Malheureusement, au sein du lot des 191 premiers rostres retenus, la cassure transversale du rostre intervient trop souvent en arrière de cet étranglement et les valeurs obtenues sont encore trop approximatives.

Pour ces raisons, une sélection plus sévère a retenu un lot de 101 rostres montrant tous au minium l’étranglement antérieur, auxquels s’ajoutent l’holotype et le plésiotype de RASPAIL et l’adulte de DUVAL-JOUVE.

 Sommaire