Céphalopodes crétacés

jouvei ou vaubellensis ?

c) jouvei TOUCAS ou vaubellensis JANSSEN ?

En 1890, TOUCAS est le premier à signaler un morphotype montrant une dilatation importante associée à une partie apicale intermédiaire entre celle, obtuse, de l'espèce-type, orbignyanus et celle, plus longue et aigüe de suborbignyanus (TOUCAS 1890, p.588, pl.XV, fig.3). Il crée pour ces rostres une nouvelle variété, jouvei, qu'il décrit comme des rostres déprimés, à sillon long se terminant en pointe mucronée, resserrés antérieurement, donc montrant une dilatation postérieure prononcée. Il pense cette variété comme spécifique du "Tithonique" de l'Ardèche (S France).

Le rostre de la fig. 3 (TOUCAS, pl.XV, fig.3) fait partie des extrêmes en termes de dilatation chez Castellanibelus. Mais, on l'a vu, ce paramètre est difficilement utilisable comme un critère de différenciation taxonomique. Par contre, sa figure montre clairement un mucron dorso-centré, en position intermédiaire, qui, associée à un développement postérieur plus important et caractéristique en vue latérale, correspond au morphotype A. Le spécimen n°39084, désigné comme paratype adulte de A, s'en approche, bien que moins resserré antérieurement, donc moins dilaté. La population adulte de ce morphotype montre plusieurs exemples, plus proches de la figuration de TOUCAS, mais malheureusement incomplets ou érodés (par exemple, n°88938 et 95738, pl.3 fig.15, 23).

Fig 16 leg

DELATTRE (DEL. 1951, p.35- 39, pl. 1, fig.15-17) figure un rostre correspondant à cette variété jouvei, mais, notant la présence de formes intermédiaires, ne pense pas que cette variété, tout comme suborbignyanus, puisse être distinguée de l'espèce-type.

L’observation du siphon sur trois rostres permet à  COMBEMOREL (COMB. 1972, p.75-77, p.81, tabl.3, pl.A, fig.12-15) de ranger l’espèce dans un nouveau genre, Castellanibelus, avec pour seule espèce orbignyanus. Sa description de ce taxon le définit bien mais le rostre de sa figure 12-13 montre un rostre juvénile (Lr = 46 mm) dont la partie apicale intermédiaire l'apparenterait plutôt au morphotype A.

En 2018, JANSSEN constatant avec raison une très grande variabilité au sein du genre, propose une révision de celui-ci (JANS. 2018, p.174-176, fig.7, 1-3, 5-6). Il crée une nouvelle espèce, vaubellensis, et range Belemnites picteti MAYER, 1866 dans Castellanibelus, j'y reviendrai.

Les deux éléments-clés sur lesquels s'appuient la création de Castellanibelus vaubellensis sont l'aspect sub-hasté du rostre et sa planéité dorso-ventrale. Si le premier de ces critères est difficilement utilisable, on l'a vu, le deuxième peut correspondre soit au morphotype D - si il est accompagné d'une forte dépression - soit à une forme âgée des autres morphotypes.

L'holotype (JANS. 2018, p.175, fig.7, 5-6) montre un rostre adulte, peu déprimé, à partie postérieure intermédiaire qui correspond, lui, au morphotype A, donc à la variété jouvei. JANSSEN indique d'ailleurs dans son texte que cette dernière est morphologiquement comparable à son espèce, mais il ne l'assimile pas à vaubellensis (Valanginien inférieur – z neocomiensiformis) en raison de son niveau stratigraphique. Cette objection  ne me semble pas pouvoir être retenue : dès la base du Valanginien, dans la zone à pertransiens, la variété jouvei (=A) représente déjà 15% des Castellanibelus (fig.10). Ce taxon se trouve, sans évolution notable, pendant tout le Valanginien (cf. pl.3).

Les deux rostres juvéniles figurés pour vaubellensis interrogent également par leurs caractères contradictoires :

  • fig. 3-4 (JANS. 2018, p.175) : nettement déprimé avec un sillon long, partie apicale intermédiaire, pourrait correspondre au morphotype D (?), en association avec la planéité dorso-ventrale signalée dans le texte.
  • fig.1-2 (JANS. 2018, p175) : partie postérieure plus obtuse,  dépression moindre (= ?orbignyanus).

Ces attributions restent hypothétiques en l'absence de mesures, dont on appréhende ici toute l'importance.

Pour conclure, on retrouve dans la description et les figurations de C. vaubellensis des éléments appartenant à plusieurs des morphotypes identifiés au sein du genre (A, D et B) qui rendent impossible la pérennisation de cette espèce.

Le morphotype A est donc attribué à Castellanibelus jouvei (TOUCAS, 1890), variété élevée au rang d'espèce.


 

→ Comparaison avec les travaux antérieurs : Le morphotype D, une nouvelle espèce