Céphalopodes crétacés

La variété suborbignyi

b) La variété suborbignyi

A l'opposé de ce taxon aux formes obtuses très caractéristiques, plusieurs auteurs vont décrire des rostres à partie apicale longue et aigüe mais qu'ils attribueront néanmoins à orbignyanus. Les rostres décrits et figurés sont parfois plus anciens que ceux de cette étude de population valanginienne, mais tous les morphotypes étant présents dès l'extrême base de cet étage, leur présence à des niveaux antérieurs ne semble pas incompatible.

La première figuration d'un rostre à apex aigu est celle de la fig. 15 de D'ORBIGNY. Elle montre un rostre avec une partie apicale très longue, évoquant celle du morphotype C. Le sillon est atypique car très court, même pour ce morphotype, mais le rostre entre potentiellement dans le cadre de ce taxon : le n°92683 (pl.2, fig.16) en est un autre exemple, particulièrement intéressant car il montre le siphon ventral, à l'opposé du sillon, confirmant l'appartenance à Castellanibelus

PICTET (1867-1867) va ensuite décrire et figurer deux rostres, l'un des Voirons, l'autre du "Tithonique" de Lémenc. Bien qu'incomplets et probablement immatures (PICT. fig. 3 Lr = 42 mm), ces rostres présentent la partie postérieure allongée du morphotype C. La mesure de l'indice de compression donnée pour le deuxième (0,87) n'est pas incompatible à ce rapprochement.

Le rostre figuré et décrit par GILLIERON (1873) montre également une partie postérieure longue et atypique avec un apex centré et aigu, mais l'absence de dépression questionne et inciterait à l'écarter. Toutefois, le spécimen n°89974 (pl.2, fig.33) s'en rapproche beaucoup, notamment au niveau de la silhouette de la partie postérieure et de la position centrée de l'apex, car il est, lui, déprimé (icm = 0,89). Il est donc possible que la figure donnée par GILLIERON se rattache à ce taxon, sans que l'on puisse néanmoins l'affirmer avec certitude.

En 1890, TOUCAS (1890) crée 2 variétés : suborbignyi et jouvei (TOUCAS, p.588).

Il décrit ainsi la variété suborbignyi : "le rostre, moins déprimé, un peu plus allongé à extrémité, s’amincit en arrière pour former graduellement une pointe plus ou moins effilée ; le sillon n’occupe que la moitié de la longueur". Il figure un rostre probablement celui d'un individu assez jeune (entre juvénile et subadulte ?), semblable aux figurations de PICTET et conforme au morphotype C (TOUCAS, pl.XV, fig.2).

Les variétés de TOUCAS, ne seront pas reprises par les auteurs suivants et vont tomber dans l'oubli, le débat se centrant davantage sur le positionnement du genre. La variété suborbignyi sera pourtant encore figurée, notamment dans les publications de JANSSEN.

Fig 15 leg

En 1997, cet auteur  décrit et figure un rostre de la zone à pertransiens d'Espagne, sous le nom de Castellanibelus sp. A, dont les caractéristiques le rattachent sans ambiguïté à la variété suborbignyi (JANS. p.6, 8, pl. 3, fig. 7-8). 

En 2003, de la même localité et du même niveau, JANSSEN va figurer et décrire deux rostres à partie apicale longue (JANS. p.138-144, pl. 2, fig. 3-7, 11-16 ; pl. 4, fig. 3-5).

Le premier, donné comme Castellanibelus orbignyanus (JANS. pl. 2, fig. 13-14), correspond à celui d'un adulte du morphotype C : partie postérieure longue, mucron légèrement décentré dorsalement, dans la continuité de la silhouette, sillon relativement court.

Le deuxième est décrit et figuré par JANSSEN sous le nom de ?Castellanibelus triquetus, changeant l'attribution de l'espèce de WEISS, de Conobelus en ?Castellanibelus.

En 1991, WEISS (p. 21, pl.2 fig. 2-3) a créé cette nouvelle espèce, triquetus, du Valanginien de Crimée, à partir de 2 fragments de rostres très incomplets : une partie apicale aigüe, tronquée antérieurement et postérieurement, et un morceau de tige antérieure. Difficile, dans ces conditions, d'appréhender les caractéristiques des rostres de WEISS. Si certains éléments de sa description rappellent Castellanibelus, notamment la dépression (très importante : ic = 0,73) et l'apex décentré, d'autres s'en écartent fortement : le peu de profondeur de la cavité alvéolaire, fortement excentrée, la longueur du sillon s'étendant sur toute la longueur du rostre, jusqu'à l’extrémité apicale, l'absence de lignes latérales.

JANSSEN dispose, lui, de deux rostres, dont un figuré, en bon état et complet, pour appuyer son argumentaire (JANS. 2003, p.143-144, pl.4, fig. 3-5). Les éléments dont il fait état rendent tout à fait plausible l'attribution de ces rostres à triquetus (WEISS, 1991). Par contre, le rangement de ce taxon dans le genre Castellanibelus est beaucoup plus problématique. Ce sont les mêmes critères que ceux relevés dans la description de WEISS qui interrogent : alvéole très peu profonde, sillon très long descendant jusqu'à l'apex, absence de lignes latérales ne sont pas compatibles avec la définition du genre Castellanibelus. Ce taxon nécessiterait des recherches complémentaires.

Pour conclure, le morphotype C et la variété suborbignyi de TOUCAS peuvent être confondus en un seul ensemble. En l'absence d'espèce valide correspondante, je propose d'élever cette variété au rang d'espèce, sous le nom de Castellanibelus suborbignyanus (TOUCAS, 1890). Le taxon de WEISS, triquetus, reste, en l'attente d'informations complémentaires, attribué à Conobelus.


→ Comparaison avec les travaux antérieurs : jouvei TOUCAS ou vaubellensis JANSSEN ?