Céphalopodes crétacés

Le morphotype D, une nouvelle espèce

d) Le morphotype D, une nouvelle espèce

Les trois morphotypes se distinguant par la longueur relative de leur partie postérieure (A, B, C) ont donc pu être attribués soit à l'espèce-type orbignyanus, soit aux variétés de TOUCAS élevées au rang d'espèce.

Il reste donc le quatrième taxon, D. Pour mémoire, rappelons les principales caractéristiques de ce morphotype (fig.9 et pl.4) : il se distingue par une dépression plus importante (icm moy. = 0,87), un aplatissement des faces dorso-ventrales entrainant une section transversale allant de sub-quadrangulaire à ovale ; un mucron le plus souvent dorsal (ou s'en rapprochant) ; un sillon relativement long et une position stratigraphique dominante à la base du Valanginien. La longueur postérieure est intermédiaire entre celles d'orbignyanus et celle de jouvei.

Si ce taxon n'a fait l'objet d'aucune création antérieure, des indices de sa présence apparaissent dans les travaux de différents auteurs.

Le premier ensemble d'indices concerne sa dépression accrue. Ainsi, le rostre adulte (Lr = 60 mm) de PICTET & DE LORIOL donne un indice de compression égal à 0,81 (PICT. & DE LOR., 1858. p.8-9, pl. I, fig.6-7). Plusieurs rostres du tableau 3, p.81 de COMBEMOREL (1972) montrent des valeurs de cet indice autour de 0,85. DELATTRE  figure lui aussi un rostre déprimé qui pourraient s'apparenter à D (DEL. 1951, p. 48, fig.15-18). Ces indices d'une dépression relativement importante pourraient être le fait du morphotype D mais ils ne sont pas concluants seuls. Il faudrait pouvoir observer ces fossiles : c'est l'association des éléments visuels et des données mesurées qui permet l'attribution taxonomique.

Une section transversale sub-quadrangulaire, attribuable à D, a été signalée, en nomenclature ouverte (Castellanibelus sp. B sp. nov.), par JANSSEN & CLEMENT (JANS. & CL. 2002, p. 520, Appendix).

En 2003, JANSSEN décrit Castellanibelus sp. A, un rostre beaucoup plus aplati qu'orbignyanus (JANS. 2003, p.144, pl.2, fig.3-4, 5-6, 15-16). Sa figure 3-4 est caractéristique du morphotype D : fortement déprimé, avec un mucron nettement dorsal, peu dilaté en vue latérale (indice de planéité des faces dorso-ventrales). De plus ce spécimen provient de la zone à pertransiens, à la base du Valanginien, où D est très fréquent (75% de la pop. de Castellanibelus). Le rostre n°92680 (pl.4, fig.33), subadulte de D, (z pertransiens) en est la copie presque conforme.

Deux autres rostres présentent également des caractères qui pourraient les rattacher au morphotype D, mais sans certitude faute de mesures (JANS. 2003, fig.5-6 et fig.15-16).

La planéité des faces dorso-ventrale est évoquée dans la description de Castellanibelus vaubellensis JANSSEN 2018, mais, ainsi qu'on l'a déjà vu, cette création présente des caractères composites de plusieurs morphotypes et doit donc être écartée. La fig.3-4 (JANS., 2018, fig.7 : 3-4), rostre juvénile, correspond très probablement au morphotype D, ce qui n'est pas le cas  de celui de l'adulte attribuable à jouvei.

Les caractères spécifiques de ce morphotype D ont donc été observés de manière sporadique par différents auteurs, mais sans faire l'objet d'une création taxonomique. Aucune espèce ou variété antérieure ne pouvant accueillir ces rostres, il est nécessaire d'envisager la création d'une nouvelle espèce au sein du genre : Castellanibelus toucasi sp. nov. en hommage à Aristide TOUCAS, qui, le premier, a constaté une variabilité importante chez Castellanibelus  et dont les propositions n'ont malheureusement pas été reprises ultérieurement.


→ Comparaison avec les travaux antérieurs : Autres créations antérieures, conclusions