belemnite pseudoduvalia blainville duval-jouve polygonalis trabiformis isoscelis sicyoides sud-est de la France

Le genre Pseudoduvalia

INTRODUCTION - FIGURATIONS ANTERIEURES

Figurations de BlainvilleEn 1827, H. de BLAINVILLE a fait connaître, sous le nom de BELEMNITES POLYGONALIS, une nouvelle espèce de Céphalopode fossile provenant « des environs de Castellane ».

De ce nouveau taxon il a donné une description, brève mais explicite, accompagnée de 4 figures correspondant à la forme type (figure 11) ainsi qu’à « trois variétés » (figures 11a, 11b, 11c) « de la même ».

Cette espèce a été nommée par lui « Bélemnite polygonale » pour traduire la particularité essentielle du rostre, « tétragone ou subtétragone », suivant une morphologie jusqu’alors inconnue chez les Bélemnites. 

Figure 1 : figurations de BLAINVILLE

En 1841, dans son Mémoire relatif aux Bélemnites des environs de Castellane, J. DUVAL-JOUVE a donné la description détaillée, assortie d’une excellente iconographie,  de formes de ce groupe, étendu par lui à tout un ensemble de « Bélemnites polygonales ».

A partir de matériaux beaucoup plus abondants que ceux dont avait pu disposer BLAINVILLE et mieux repérés stratigraphiquement, DUVAL-JOUVE a distingué, outre le type, 4 formes nouvelles considérées par lui comme autant d’espèces : les Bélemnites isoscelis, urnula, trabiformis, et sicyoïdes, reliées entre elles par une foule de variétés.

Isoscelis duval
Trabiformis duval
Sicyoides duval

Figure 2 : "Belemnites isoscelis" - "Belemnites trabiformis" - "Belemnites sicyoïdes" 

Figurations de DUVAL-JOUVE

Figure 3 : "Belemnites urnula" 

Urnula suite duval

L’ensemble de ces POLYGONALES a été rangé dans un premier temps au sein du genre DUVALIA (BAYLE et ZEILER, 1878) avant d’en être distingué – sous le terme de PSEUDODUVALIA – par NAEF en 1922.

Mais la question du contenu spécifique de ce nouveau genre n’a pas été réglée pour autant.

M. DELATTRE a donné, en 1951, un excellent état de la question, auquel il est indispensable de se reporter. Toutefois, n’ayant pu disposer lui-même que de 3 spécimens, sa discussion offre essentiellement un caractère historique.

Ainsi que l’a fait remarquer DELATTRE, si certains auteurs ont admis toutes les créations de DUVAL-JOUVE, d’autres les ont rattachées au type de BLAINVILLE.

 

Par ailleurs, les représentants du genre PSEUDODUVALIA ne sont pas localisés aux seuls environs de Castellane. Il en existe dans le Crétacé inférieur de Bulgarie, où ils ont été étudiés et figurés par M. STOYANOVA-VERGILOVA en 1965 et 1970.

La position de ce dernier auteur est du reste intermédiaire entre celle des chercheurs précédents, avec la distinction de 2 espèces : POLYGONALIS et TRABIFORMIS au sein de l’ensemble.

 

Cette position a été admise en 1973 par R. COMBEMOREL, en admettant par ailleurs Pseudoduvalia sicyoïdes en tant qu’espèce distincte.

Etant donné l’intérêt tout particulier offert par ce groupe de Bélemnites, la constitution d’un lot conséquent provenant de la région topotypique s’imposait, d’autant plus que les citations anciennes ne portent que sur un très petit nombre d’exemplaires, mal repérées stratigraphiquement dans l’ensemble, à savoir : 

AUTEUR

REGION - COLLECTION

TAXONS CITES

LEENHARDT F.

(1883)

Mont Ventoux

 ► BELEMNITES ISOSCELIS - 1 ex.

 ► BELEMNITES POLYGONALIS var. SICYOIDES - 1 ex. des calcaires à C. duvali (= HAUTERIVIEN).

KILLIAN W.

(1889)

Montagne de Lure

 ► BELEMNITES TRABIFORMIS  - 1 ex. de Chardavon, c’est-à-dire St GENIEZ (04) – Valanginien.

 ► BELEMNITES ISOSCELIS - 1 ex. de BARRET-LE-BAS (05) et 1 ex. de St GENIEZ (04) – Valanginien.

PAQUIER V.

(1900)

Diois - Baronnies

Il cite :

- du Valanginien :

 ► DUVALIA cf. URNULA de Ste Colombe (05) – plusieurs exemplaires du « niveau supérieur » - Ste COLOMBE (05).

 ► DUVALIA cf. ISOSCELIS du Col St Jean – entre Ste COLOMBE (26) et la Vallée de la Méouge au Sud.

- de l’Hauterivien :

 ► DUVALIA TRABIFORMIS du Col de Perty, entre LABOREL (26) et MONTAUBAN/L’O. (26).

TOMITCH I.

(1921)

D’après les récoltes d’A. GUEBARD

Chaînes grassoises et Haut-Varoises

 ► DUVALIA POLYGONALIS var. TRABIFORMIS de MONS (83)

 ► DUVALIA cf. POLYGONALIS de la ROQUE-D’ESCLAPON (83) – de l’Hauterivien, le nombre d’individus n’est pas précisé, sans doute un de chaque.

DELATTRE M.

(1951)

Collections Museum National

De l’Hauterien – nombre de spécimens non précisé.

 ► DUVALIA POLYGONALIS var. SICYOIDES de LA BASTIDE-D’ESCLAPON (83) ; TRIGANCE (83).

 ► DUVALIA POLYGONALIS var. ISOSCELIS de PEYROULES (04) ; COMPS (83) ; ESCRAGNOLLES (06).

 ► DUVALIA POLYGONALIS var. TRABIFORMIS de LA BASTIDE-D’ESCLAPON (83) ; PEYROULES (04) ; GREOLIERES (06).

COMBEMOREL R.

(1973)

Collections Lyon

 ► PSEUDODUVALIA POLYGONALIS - 1 ex. de VERGONS (04) ; 1 ex. de LA GARDE (04) ; 2 ex. de GREOLIERES (06) ; 14 ex. de PEYROULES (04).

 ► PSEUDODUVALIA TRABIFORMIS » 1 ex de LA GARDE (04) ; 5 ex. de PEYROULES (04).

 ► PSEUDODUVALIA SICYOIDES – 1 ex. de GREOLIERES (06) ; 3 ex. de PEYROULES (04).

Le matériel réuni pour la présente révision s’élève à 276 spécimens, provenant tous de l’Hauterivien inférieur et moyen et se répartissant entre les localités suivantes : 

Localités

spécimens

Localités

spécimens

 Aiglun (06)

32

 La Martre (83)

9

 Castellane (04)

23

 Les Mujouls (06)

1

 Caussols (06)

1

 Moustiers-Ste-Marie (04)

3

 Cuebris (06)

6

 Noyers-sur-Jabron (04)

1

 Entrages (04)

1

 Peyroules (04)

156

 Gourdon (06)

1

 St Auban (06)

19

 Gréolières (06)

13

 Sallagriffon (06)

1

 La Bastide d’Esclapon (83)

1

 Sigale (06)

2

 La Garde (04)

6

 

 

REPARTITION DU GENRE DANS LA REGION TOPOTYPIQUE

Au sein de cette population de 276 individus, le lot le plus important (156) correspond donc à la localité de PEYROULES et, de façon plus générale, aux environs immédiats de CASTELLANE, avec ROBION et LA GARDE. Au total, 183 spécimens y ont été récoltés, soit 66,3 % de la population.

Toutefois les autres sites sont intéressants à considérer sur le plan de la répartition de ces Céphalopodes dans la partie sud-orientale du Bassin Vocontien.

 

En effet, les localités de CAUSSOLS, GOURDON, GRELOLIERES, LA BASTIDE D’ESCLAPON, LA MARTRE, St AUBAN sont situées à l’emplacement de l’ancienne plateforme passant vers le Sud au littoral. Les PSEUDODUVALIA y sont présentes mais d’autant plus rares que l’on s’éloigne de la pente du talus continental pour gagner les marges du Bassin.

A l’inverse, les PSEUDODUVALIA ne semblent pas représentées dans les parties plus internes du Bassin, même à une très faible distance vers le Nord de CASTELLANE.

 

Il semblerait donc que l’aire de distribution de ces petites Bélemnites corresponde à l’emplacement de la partie supérieure du talus continental, au cours de l’Hauterivien inférieur. Une situation ni trop marginale, ni trop interne, en fonction de conditions précises de milieu.

 

Du reste, un autre facteur semble avoir joué dans ce sens. Il s’agit de l’existence de paléoreliefs sous-marins, déjà bien marqués au cours du Crétacé inférieur, des bombements et des rides alternant avec des zones déprimées.

 

En s’éloignant de CASTELLANE, non plus vers le Sud ou le Nord, mais vers l’Ouest, le genre a été signalé jadis par F. Leenhardt dans les contreforts du Mont Ventoux. En revanche, vers l’Est, il est encore inconnu dans la région niçoise.