L'oeuvre géologique de Ph. GENY

     Au moment du rattachement du Comté de NICE à la France, peu de natu­ralistes s'étaient encore véritablement intéressés à la Géologie de notre sous­-sol. En dehors du travail d'A. RISSO (1826) qui, en dépit de ses faiblesses demeure la première Somme touchant au pays niçois, les auteurs se sont essentiellement consacrés à l'étude des environs immédiats de NICE, ainsi qu'à la description des axes routiers majeurs (les corniches et la route du Col de Tende). A noter l'intérêt tout particulier que, pour la plupart, ils ont apporté aux formations crétacées et nummulitiques, dont la distinction n'était pas encore assurée.

     En définitive, en 1860, la région des Alpes-Maritimes n'est encore connue que de façon très imparfaite, les lacunes l'emportant de beaucoup sur les faits acquis avec certitude. De vastes régions demeurent totalement inexplorées et, par exemple, aucune observation n'a encore été publiée sur le Massif de l'Argentera-Mercantour, ainsi que sur la majeure partie des bassins du Var et de ses affluents. C'est à cette tâche d'exploration méthodique, demeurée méconnue, que va s'attacher Ph. GENY, ainsi qu'il est possible d'en juger d'après les rares publications qu'il a laissées et les documents inédits et frag­mentaires qui sont entre mes mains. 

1. L'œuvre publiée

     Elle est fort peu importante quantitativement, puisque GENY n'a fait paraître que quatre communications, de 1867 à 1873, dont la principale (1869) passe généralement inaperçue étant attribuée dans la littérature à DAVIDSON.

     En 1867, à l'occasion de la 33e session du Congrès Scientifique de France, il présente un travail sur les Ammonites du département des Alpes-Maritimes, dans lequel se trouve mentionnée la récolte, au-dessus de Drap, d'une Ammonite de très grande taille (environ 2 m de diamètre, dont un tour de 1,60 m prélevé), dans des circonstances qui sont explicitées par ailleurs dans une lettre à DAVIDSON (cf. document en annexe). D'après les précisions apportées par GENY, cette Ammonite, nommée par lui Ammonites Navis ­Neptuni, provient de l'étage Cénomanien.

     Je dois dire que cette découverte est conforme à mes propres observations sur les dépôts de cette partie du Crétacé moyen dans le Sud-Est de la France, où les Céphalopodes de très grande taille appartenant aux genres Puzosia et Austeniceras se rencontrent parfois. Mais l'échantillon récolté par GENY d'après les dimensions qu'il en a données, correspond à la plus grande Ammonite qui ait jamais été récoltée dans notre région et même très proba­blement en France[1].

     Fort heureusement, ce remarquable fossile n'a pas été perdu. Expédié par les soins de Ph. GENY à LONDRES, il est toujours, depuis lors, déposé dans les collections du British Museum.

     En 1869, Ph. GENY communiqua à Th. DAVIDSON un résumé de ses observations géologiques sur les Alpes-Maritimes, que l'auteur britannique inséra, sous Ie titre “General summary of a Geological Section of the Department of the Maritime Alps» dans ses « Notes on Continental Geology”.

     Ce travail, qui a peu retenu l'attention, méritait cependant un meilleur sort. Il constitue en effet, la première énumération des terrains de notre région, avec lithologie, puissance, faune, pour les dépôts sédimentaires et citations de nombreuses localités dont beaucoup apparaissent pour la première fois dans la littérature scientifique. Son importance est donc fondamentale pour l'époque. Mais, il a été desservi par l'absence de coupes et de carte, et le fait que l'auteur a donné trop de noms qui souvent ne corres­pondent qu'à des lieux-dits ou des quartiers et sont de ce fait difficiles à localiser avec précision faute d'une connaissance parfaite de la région, certains n'étant même pas portés sur nos actuelles cartes topographiques !

     Il est vrai que Ph. GENY se proposait de reprendre ce travail en le détail­lant, mais son décès subit ne lui en n’a pas laissé le temps.

 

[1] A titre de référence. Les plus grands spécimens d'Ammonites connus dans le Monde, appartenant au même Ordre des DESMOCERATACEAE, proviennent du Crétacé supérieur d'Allemagne et atteignent 2,40 m de diamètre.

2. L'œuvre inédite

     Elle ne m'est connue que de façon fragmentaire, d'après les quelques manuscrits en ma possession.

     Il apparaît que GENY s'est attaché à réaliser une synthèse de Géologie régionale, illustrée d'une Carte en couleur du département et de coupes sériées.

     Cet ouvrage n'a jamais vu le jour, les efforts de son auteur pour tenter une souscription publique étant demeurés vains (cf. documents annexes). Il devait s'intituler :  “Guide du Géologue dans les environs de Nice et les Alpes-Maritimes.”

      Dans l'introduction de son manuscrit, Ph. GENY précisait de la sorte ses intentions:

“GUIDE DU GEOLOGUE.

  • Indications des plus intéressantes localités zoogéologiques des Alpes-­Maritimes.
  • Données par ordre de superposition.
  • Représentées sur la Carte par des teintes conventionnelles.
  • Ainsi que les hauteurs des principales montagnes et villages remarquables désignées sur la Carte géologique de Nice ont été puisées sur différents ouvrages de plusieurs savants auteurs auxquels il m'est cher de témoigner toute ma reconnaissance.

N. B. (1) Les hauteurs des localités sont données en mètres au-dessus du niveau de la mer. (2) Les distances de la Capitale des Alpes-Maritimes (NICE) sont prises en lieues ordinaires. C’est-à-dire 4000 mètres par lieue ou heure.”

 

     Il m'est impossible, dans les limites de cette brève notice de reproduire ici, dans leur intégralité, les textes de GENY qui sont entre mes mains. Ils comprennent essentiellement deux cahiers, ainsi que quelques feuillets.

     Le premier cahier donne la liste des localités par terrain de plus en plus ancien, de l' ”étage alluvionien”, aux “terrains cristallisés”. Le second consti­tue un “Catalogue des Animaux Vertébrés et Evertébrés (sic) se trouvant vivant et fossiles dans la circonscription de Nice”.

     L'ordre suivi est du “terrain triassique” à “l'étage subapennin”, avec description de terrains sédimentaires.

     L'examen de ces notes révèle, à côté d'erreurs flagrantes, la justesse de certaines des observations effectuées par Ph. GENY.

     On se rend compte, à leur lecture, que Ph. GENY possédait une excellente connaissance. Non seulement des proches environs de NICE, qu'il pouvait gagner à pied, mais encore de localités ou de chaînes montagneuses beau­coup plus difficiles d'accès à l'époque.

     C'est ainsi que l'on trouve de fréquentes mentions de St-Pons, près Nice, où les carrières livraient alors d'intéressants fossiles récifaux de la fin de la période jurassique, Drap, La Pallaréa et La Font-de-Jarrier près La Pointe-de­-Contes, le Vallon de la Nuit, au-dessus de Bon-Voyage, La Lauvette, dans les flancs du Mont-Macaron, toutes localités accessibles dans la journée à partir de Nice, mais également Les Ferres, Braus, Escragnolles, Utelle, la Montagne de Férillon (sic) et même la « chaîne principale des Alpes-Maritimes », le Boréon, Molières, Les Fenestres, Sestrières ...

     Ce travail devait être illustré des coupes sériées des Alpes-Maritimes, dont heureusement j'ai pu sauver une planche ainsi que de la fameuse carte géologique du département[1] à laquelle font allusion “Le journal de Nice” du 27 mai 1875[2] ainsi que Th. DAVIDSON (1869). Ce document unique est malheureusement perdu.

A noter enfin que la Carte et les Coupes furent présentées par GENY à l'occasion du Congrès Scientifique de France (Nice, décembre 1866).

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[1] La première à représenter l'ensemble des Alpes-Maritimes.

[2] Une superbe carte en relief du département à la confection de laquelle il a passé plusieurs années.

3. Les collections

     Elles étaient certainement fort importantes et d'un grand intérêt ainsi que l'on peut en juger d'après les catalogues de Gény et les allusions qui y ont été faites par divers auteurs. Parmi ceux-ci, DAVIDSON, dans sa communication de 1869, mais également POTIER, à l'occasion de la Réunion Extraordinaire de la Société Géologique de France à Nice, en 1877.

     Durant un demi-siècle, elles furent maintenues en état par les héritiers de Ph. GENY, puis firent de la part de ceux-ci l'objet d'une offre de vente à la Ville de Nice. Malheureusement. Cette proposition ne reçut pas de suite.

      Le pillage de cette collection paraît devoir se situer dans le courant des années 1960, dans des circonstances qui me sont inconnues.

     Pour terminer sur ce point, je préciserai que, parmi les quelques dizaines de spécimens qu'il m'a été possible de retrouver, se trouvent des Mollusques éocènes du Château de La Pallaréa et de la Font-de-Jarrier décrits et figurés dans le très rare mémoire de L. BELLARDI (1852). Certains de ces fossiles correspondent même à des types comme Ammonites telescopus figuré ci-après.

 

G. THOMEL